Phillippe Besson

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France | 2006

Philippe Besson was born in 1967 in Paris where he has lived and worked for most of his life. He is the author of several novels among which En absence des hommes , Son frère, L’Arriere-Saison, Un garcon d’Italie and Les jours fragiles. His novels are translated in fourteen languages and are all addapted for the big screen. He lives in Paris.

Report 2006

J’avais envie de revenir là, dans cette Italie que j’aime, qui m’a inspiré un roman, où je me sens chez moi. C’est curieux, du reste, de se sentir à ce point d’un pays où l’on n’est pas né. Je voulais revoir les collines ponctuées d’oliviers, de cyprès et de chênes verts, les villages accrochés à des virages, les matins d’automne dans le brouillard, les après-midi écrasés de soleil. Je voulais aussi me rendre à Florence comme on sort acheter les journaux. Avoir la ville à ma porte, et renouer avec les cafés où j’ai mes habitudes, les ruelles où je m’égare volontiers, le fleuve qui charrie tant de mes souvenirs et le visage parfait de Filippino Lippi sur l’un des murs de la chapelle Brancacci. Je voulais découvrir de nouveaux lieux, des terres inconnues de moi, vierges à mon regard avide. Et puis céder à cette douceur trompeuse, cette tranquillité qui dissimule mal des tempêtes souterraines. J’avais également envie de solitude et de silence. Echapper enfin au tumulte de Paris, à ses turbulences, à sa violence. Me couper, dans le même mouvement, des voix familières, des sollicitations amicales, de la légèreté mondaine. Trouver dans l’éloignement le moyen de regagner en sérénité. J’ai appris que c’est dans l’isolement que l’écriture advient le plus facilement. Il faut repousser tous les dérangements, toutes les intrusions si l’on veut écrire convenablement. Alors j’ai dit oui, lorsque Béatrice m’a invité. Oui, tout de suite, sans vraiment avoir à réfléchir. Inconscient encore du privilège qui m’était consenti. Simplement joyeux, comme l’est un enfant, de ce cadeau inespéré. Enchanté que l’on me propose l’accomplissement simultané de mon désir d’Italie et de mon désir de solitude. J’ai découvert la maison, au bout d’un monde, au terme d’une route de cailloux, soulevée de poussière blanche. Fait connaissance avec le dédale des pièces, le lent passage des années qui a permis l’accumulation des merveilles, l’addition des trésors, le mélange des trouvailles. Ici, rien n’est en ordre et tout est à sa place, rien n’est convenu et tout est élégant, rien n’est commun et tout est familier. Et puis, j’ai traversé le jardin pour pénétrer dans la tour. Béatrice m’a dit : « Vous avez la chambre et le bureau de Bruce Chatwin ». J’y suis entré comme on le fait en une église : en baissant la tête et en cherchant des yeux. Les jours et les semaines se sont passés là, dans le silence imbattable. Des mots se sont écrits, beaucoup de mots, bien plus que je ne l’avais imaginé, assez différents de ceux qui les avaient précédés. Ils sont venus dans la facilité, comme portés par une musique qu’on ne peut entendre qu’entre ses murs. Au déjeuner, au dîner, ce sont d’autres histoires qui se sont déployées : celles, extravagantes et romanesques, qui ont rempli l’existence de Béatrice. Des histoires d’amoureux, d’artistes et d’aventuriers. De retour à Paris, la vie m’a semblé moins épique. Mais je conserve, intact, le souvenir des instants toscans, quelque part, derrière le regard. Et quand l’ennui me gagne, je repars là-bas.